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09/01/2021

OMAR DE LA CAMBRIOLE

"Au fond, George Kay, concepteur de la toute nouvelle série Netflix, n’est pas allé chercher très loin l’amorce de son «Lupin: dans l’ombre d’Arsène». Situant l’intrigue de nos jours, le Britannique leste son héros d’un héritage littéraire décidé dès le tournant du siècle par son créateur Maurice Leblanc. Ainsi, en magicien rusé, le romancier virevoltait avec les apparences dès sa première enquête, en 1904, quand le Parisien introduisait son énigme: «C’est ainsi qu’un soir d’hiver Arsène Lupin m’a raconté cette aventure…»

Le truc du narrateur criminel, raconte son biographe Jacques Derouard, sera souvent attribué à Agatha Christie, qui le sublime dans «Le meurtre de Roger Ackroyd». Mais ce trait de génie est signé Leblanc, qui toute sa vie d’ailleurs laissera le flou flotter sur l’existence réelle ou pas du personnage Lupin. Même transposé en plein XXIe siècle, ce parfum fantomatique diffusé en légère permanence habille le personnage et contribue à cette suspension de la crédibilité, rêve de tout scénariste. Surtout quand, désormais, le gentleman cambrioleur arbore un training sous le pardessus, plutôt qu’un chapeau haut de forme et un smoking.

Le comédien Omar Sy se royaume dans ce jeu de cache-cache de «Lupin: dans l’ombre d’Arsène». Les cinq premiers épisodes voient sa légitimité monter en crescendo. Dans cette histoire calquée sur «Le collier de la reine», le voleur déploie en douceur sa manie de la séduction courtoise, de son ex et mère de son fils (Ludivine Sagnier) à un ancien béguin «ange et démon» (Clotilde Hesme).

Leblanc en noir

Parmi de nombreuses subtilités, George Kay qui, à l’évidence, a potassé ses classiques, induit par exemple que ce Lupin est toujours au bord de la retraite. Et pour cause: Maurice Leblanc avait fini par détester ce personnage qui l’avait rendu célèbre. Lui aurait préféré être considéré comme un écrivain délicat à la Maupassant, pas un feuilletoniste populaire. Comme Conan Doyle et sa créature Sherlock, il tenta de s’en séparer à plusieurs reprises. Mais, comme il fallait payer impôts et loyer, il le ressuscita à chaque fois.

De là, «Lupin: dans l’ombre d’Arsène» respecte la légende, même si elle se rebaptise Assane Diop et prend la couleur africaine. Comme souvent chez Leblanc, qui privilégie les victimes du système capitaliste, le goût de la cambriole du héros s’enracine dans la vengeance d’une adolescence volée par un vil bourgeois. Sa passion pour le travestissement puise dans le fonds de commerce de son auteur de chevet… Maurice Leblanc, évidemment.

Les pseudonymes de ce héros, orphelin depuis le suicide de son paternel en 1995, sont des anagrammes du nom Arsène Lupin. Et, comme autrefois, la police reste toujours aussi obtuse à déchiffrer l’indice. Sous des apparences classiques, un labyrinthe d’indices cachés s’anime pour les aficionados.

Le style Omar Sy

Ce jeu de piste, jadis, produisit quelques belles heures de l’ORTF, grâce notamment au monocle du bavard Robert Lamoureux dès 1957, puis du plus sérieux Georges Descrières dans les années 1970, d’un Jean-Claude Brialy fieffé manipulateur une décennie plus tard. Plus récemment, le gouailleur Romain Duris vint y laisser sa carte de visite. Quant à Omar Sy, premier acteur black dans le rôle, il pose une dégaine athlétique plus évocatrice du joueur de base-ball que du danseur de l’Opéra.

Depuis l’émergence de stars afro-américaines aussi puissantes que Denzel Washington ou Will Smith, la question du racisme en termes de casting se nuance et agite les producteurs. Voir sur le réseau mondial de Netflix «La chronique des Bridgerton» imposer sa distribution «inclusive» sans s’interroger sur une quelconque véracité historique. Le vocabulaire contemporain s’enrichit de ce brassage, pointant les «discriminations à caractère systémique» ou «les productions racisées», les mettant en lourd débat. Pourtant, comme Lucy Liu qui incarne avec une grâce légère le Dr Watson face au Sherlock Holmes d’«Elementary», Omar Sy s’en tire en beauté et claque les fâcheux racistes d’une chiquenaude. Normal pour un descendant d’Arsène Lupin."

[Lu sur https://www.tdg.ch/omar-sy-cambriole-la-legende-darsene-lupin-615758739583 ]

05/01/2021

AU SUJET DES DROITS D'AUTEUR...

À l'occasion de la très prochaine sortie sur Netflix de la série Arsène Lupin avec Omar Sy, il est intéressant de relire l'article paru il y a quelques années sur le site du cabinet d'avocats JACOB .

La confusion est en effet de mise entre les droits patrimoniaux, d'une durée de 70 ans après le décès de l'auteur et les droits moraux, perpétuels, inaliénables et imprescriptibles ce que certains ont parfois tendance à oublier...

"Depuis janvier 2012, l’œuvre de Maurice LEBLANC est tombée dans le domaine public. Désormais, Arsène Lupin, l’œuvre la plus connue de l’écrivain français, pourra être éditée et diffusée par tous, sans aucune contrepartie financière pour les ayants-droit de Maurice LEBLANC.

Rappelons qu’en France, le Code de la Propriété Intellectuelle accorde à l’auteur d’une œuvre (littéraires, musicales, cinématographiques…) des droits moraux et patrimoniaux, toute sa vie durant, et 70 ans après sa mort au bénéfice de ses ayants-droit.

Les droits patrimoniaux permettent à l’auteur de décider de l’exploitation de son œuvre, et, en contrepartie, de percevoir des redevances de droits d’auteur (le terme « royalties » est en principe réservé aux droits versés aux auteurs anglo-saxons).

Seuls les droits patrimoniaux peuvent tomber dans le domaine public à l’issu de ce délai de 70 ans.Les droits moraux, quant à eux, permettent à l’auteur de contrôler le respect de son nom et de l’intégrité de son œuvre. Ils sont perpétuels, inaliénables et imprescriptibles (art. L.121-1 du Code de la Propriété Intellectuelle). Ils sont transmis aux ayants-droit à la mort de l’auteur et ne peuvent pas être cédés.

  • Ainsi, au titre des droits moraux, les ayants droits disposent des prérogatives suivantes :
    Le droit de paternité : qui impose à tout utilisateur de l’oeuvre de mentionner de façon non équivoque le nom de l’auteur de l’œuvre ;
  • Le droit au respect de l’intégrité de l’œuvre : qui permet aux ayants-droit de s’opposer à toute modification, déformation ou mutilation de l’œuvre et à toute atteinte préjudiciable à son honneur ou sa réputation.

Et, le cas échéant :

  • Le droit de divulgation : qui permet à l’ayant-droit, discrétionnairement, de décider du moment et des modalités de la première communication de l’œuvre au public.

Dans une affaire relative à l’œuvre magistrale Les Misérables de Victor HUGO, son ayant-droit s’est opposé à la publication d’une suite aux Misérables, écrite par François CERESA (avec deux livres intitulés Cosette ou le temps des illusions et Marius ou le fugitif), au motif que le grand écrivain français n’avait jamais eu pour intention d’écrire une suite et qu’ainsi cette dernière portait atteinte à « l’esprit de l’œuvre ».

Le 30 janvier 2007, la Cour de Cassation a tranché en faveur de l’éditeur de la nouvelle œuvre et de la liberté de création, en décidant que l’adaptation de l’œuvre ne portait pas atteinte au droit moral ne portait donc pas atteinte à l’œuvre originale.

Ainsi, il faut que retenir que le droit moral n’est pas absolu et son exercice peut être jugé abusif par les Tribunaux."

BONNE ANNÉE 2021 !

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